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19 janv. 2013

Chevaux de neige



Aux portes des villes 
Arrivent la nuit 
Des chevaux tout blancs 



Ils suivent les rues
Les places les squares
Et tout doucement
Secouent leur crinière




Quand ils s'en retournent  
Au matin sans bruit  
Tout est blanc de neige 

Gérard Bocholier 



Toutes ces photos sont de Laure, vous pouvez cliquer tout doucement sur le bout du nez du cheval pour découvrir tous ses univers.

Au début, je voulais utiliser cette belle atmosphère de neige pour illustrer quelques méditations sur l'hiver, et puis, entre temps, j'ai découvert ce poème, un poème comme un rêve... Je dis ça parce que j'ai souvent en tête l'image de chevaux qui arrivent dans un lieu, la nuit, on entend le bruit de leurs sabots mais personne ne les voit, après leur passage quelque chose a changé....

20 févr. 2012

Dans la nuit de l'hiver... une surprise !

 Marithé a été inspirée par la belle des neiges, elle a déposé dans la prairie
 ce ravissant brin d'herbe.
Merci Marithé !


Une envie de s'amuser.

Dans la nuit de l’hiver .......


Poéme de Jacques Prévert : " Chanson pour les enfants l’hiver "

Dans la nuit de l’hiver

galope un grand homme blanc (une grande femme blanche)

C’est un bonhomme de neige, (une bonfemme de neige)

avec une pipe en bois (avec un chapeau garni de roses)

Un grand bonhomme de neige (une grande bonfemme de neige)

poursuivi pas le froid (poursuivie par le froid)

Il arrive au village, (Elle arrive au jardin de Mingingi des Prairies)
le voilà rassuré (la voilà rassurée)

Dans une petite maison (dans le jardin de Mingingi)

il entre sans frapper (elle entre sans frapper)

Et pour se réchauffer

s’assoit sur le poêle rouge (s'assoit sur le feu qui brûle dans le jardin (ce n'est pas permis je le sais)

Et d’un coup , il disparaît (elle disparaît)

Ne laissant que sa pipe ( ne laissant que son chapeau garni de roses)

au milieu d’une flaque d’eau

Ne laissant que sa pipe ( Ne laissant que son chapeau garni de roses)

et puis son vieux chapeau (et puis ses fleurs de tournesol)


27 mai 2011

Boutons d'or et funérailles champêtres

Boutons d'or dans la prairie

Six domestiques irlandais dont certains aidaient parfois Emily dans son travail auprès de ses rosiers – Dennis Scanlon, Orven Courtney, Pat Ward, Dennis Cashman, Dan Moynihan et celui qu'Emily appelait “le gracieux garçon d'écurie”, Stephen Sullivan – hissent le cercueil sur leurs épaules noueuses, passent la porte arrière dont les volets plaqués sur le mur de briques semblent deux ailes, et, après avoir traversé la grange aux ombres striées d'or, s'enfoncent dans les hautes herbes crépitant d'insectes, suivant les instructions données par Emily pour le jour de ses funérailles : qu'on aille au cimetière à travers champs, sans passer par la rue.

“Quand ce sera mon tour de recevoir une couronne mortuaire, je veux un bouton d'or.” Le souhait d'Emily est exaucé : le pré derrière la maison est brûlant de milliers de boutons d'or.

    Christian Bobin - La dame blanche
(écrit en hommage à la poétesse Emily Dickinson)


Boutons d'or au bord de l'eau

7 avr. 2011

Un printemps tout en douceur

D'habitude, dans la prairie le printemps est explosif, il se met à pleuvoir des cordes et tout pousse alors à une allure folle. Un véritable feu d'artifice. Mais, cette année il ne pleut pas, ou si peu ! Juste de la brume sur les collines d'où s'échappent les chants de milliers d'oiseaux. Ce temps sec permet à la nature de s'épanouir tout en douceur. En marchant dans un chemin au crépuscule, j'ai ainsi remarqué les toutes jeunes feuilles des noisetiers miroiter comme des gouttes de pluie ou de rosée dans la lumière du soleil couchant. Moment de grâce infinie. Temps suspendu, miraculeux. J'ai longuement, profondément respiré le printemps, à pleins poumons. Alors, le lendemain, avec les elfes pour rendre hommage à ce printemps merveilleux, nous avons parcouru la prairie en lisant ce poème de Neruda à voix haute :


La branche volée - Pablo Neruda

Dans la nuit nous allons entrer
voler
une branche en fleur.

Nous allons franchir le mur,
dans les ténèbres du jardin de quelqu'un d'autre,
deux ombres dans l'ombre.

L'hiver n'est point parti encore
et l'on dirait que le pommier
brusquement s'est changé
en cascade d'étoiles parfumées.

Dans la nuit nous allons entrer
jusqu'à son tremblant firmament,
et tes petites mains avec les miennes
voleront les étoiles.

Alors, et en catimini,
chez nous,
dans l'ombre et dans la nuit,
entrera avec tes pas
le pas silencieux du parfum
et avec des pieds constellés
le corps lumineux du printemps.

2 oct. 2010

Ode to Autumn - John Keats


Season of mists and mellow fruitfulness!
Close bosom-friend of the maturing sun;
Conspiring with him how to load and bless
With fruit the vines that round the thatch-eaves run;
To bend with apples the mossed cottage-trees,
And fill all fruit with ripeness to the core;
To swell the gourd, and plump the hazel shells
With a sweet kernel; to set budding more,
And still more, later flowers for the bees,
Until they think warm days will never cease,
For Summer has o'erbrimmed their clammy cells.



Who hath not seen thee oft amid thy store?
Sometimes whoever seeks abroad may find
Thee sitting careless on a granary floor,
Thy hair soft-lifted by the winnowing wind;
Or on a half-reaped furrow sound asleep,
Drowsed with the fume of poppies, while thy hook
Spares the next swath and all its twined flowers;
And sometimes like a gleaner thou dost keep
Steady thy laden head across a brook;
Or by a cider-press, with patient look,
Thou watchest the last oozings, hours by hours.



Where are the songs of Spring? Ay, where are they?
Think not of them, thou hast thy music too, -
While barred clouds bloom the soft-dying day
And touch the stubble-plains with rosy hue;
Then in a wailful choir the small gnats mourn
Among the river sallows, borne aloft
Or sinking as the light wind lives or dies;
And full-grown lambs loud bleat from hilly bourn;
Hedge-crickets sing, and now with treble soft
The redbreast whistles from a garden-croft;
And gathering swallows twitter in the skies.

Pour la traduction française et mieux connaître la vie et l'oeuvre de John Keats allez flâner par là.

4 juin 2010

Bel aubépin



Bel aubépin verdissant ,
Fleurissant
Le long de ce beau rivage ,
Tu es vêtu jusqu' au bas
Des longs bras
D'une lambruche sauvage .

Deux camps drillants de fourmis
Se sont mis
En garnison sous ta souche ;
Et , dans ton tronc mi-mangé ,
Arrangé
Les avettes ont leur couche .

Le gentil rossignolet
Nouvelet ,
Avecques sa bien-aimée ,
Pour ses amours alléger ,
Vient loger
Tous les ans en ta ramée ,

Dans laquelle il fait son nid
Bien garni
De laine et de fine soie ,
Où ses petits écloront ,
Qui seront
De mes mains la douce proie .

Or vis , gentil aubépin ,
Vis sans fin ,
Vis sans que jamais tonnerre ,
Ou la cognée , ou les vents ,
Ou les temps
Te puissent ruer par terre .

Pierre de Ronsard

17 avr. 2010

Pablo Neruda - Poème XIV




Tu joues tous les jours avec la lumière de l'univers.
Subtile visiteuse, tu viens sur la fleur et dans l'eau.
Tu es plus que cette blanche et petite tête que je presse
comme une grappe entre mes mains chaque jour.



Tu ne ressembles à personne depuis que je t'aime.
Laisse-moi t'étendre parmi les guirlandes jaunes.
Qui inscrit ton nom avec des lettres de fumée
parmi les étoiles du sud ?
Ah laisse-moi te rappeler celle que tu étais
alors, quand tu n'existais pas encore.



Soudain le vent hurle et cogne ma fenêtre close.
Le ciel est un filet chargé de sombres poissons.
Ici viennent frapper tous les vents, tous.
La pluie se dévêt.



Les oiseaux passent en fuite.
Le vent. Le vent.
Je ne peux lutter que contre la force des hommes.
La tempête entourbillonne d'obscures feuilles
et libère toutes les barques qu'hier soir on amarra
au ciel.




Toi tu es ici. Ah toi tu ne fuis pas.
Toi tu me répondras jusqu'au dernier cri.
Blottis-toi à mon côté comme si tu avais peur.
Pourtant une ombre étrange a parfois traversé tes
yeux.


Maintenant, maintenant aussi, petite, tu m'apportes
du chèvrefeuille,
et, jusqu'à tes seins en sont parfumés.
Pendant que le vent triste galope en tuant des papillons
moi je t'aime, et ma joie mord ta bouche de prune.





Ce qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi,
à mon âme esseulée et sauvage, à mon nom que tous chassent.
Tant de fois nous avons vu s'embraser l'étoile du
Berger en nous baisant les yeux
et sur nos têtes se détordre les crépuscules en
éventails tournants.


Mes paroles ont plu sur toi en te caressant.
Depuis longtemps j'ai aimé ton corps de nacre
ensoleillée.
Je te crois même reine de l'univers.
Je t'apporterai des fleurs joyeuses des montagnes,
des copihues
des noisettes foncées, et des paniers sylvestres de baisers.


Je veux faire avec toi
ce que le printemps fait avec les cerisiers.




Toutes ces magnifiques photos de cerisiers sont de Lôlà. Encore merci à toi d'avoir partagé avec moi ces merveilles.

2 avr. 2010

John Keats - On the grasshopper and cricket



The poetry of earth is never dead:
When all the birds are faint with the hot sun,
And hide in cooling trees, a voice will run
From hedge to hedge about the new-mown mead;
That is the Grasshopper's. He takes the lead
In summer luxury; he has never done
With his delights; for when tired out with fun
He rests at ease beneath some pleasant weed.
The poetry of earth is ceasing never:
On a lone winter evening, when the frost
Has wrought a silence, from the stove there shrills
The Cricket's song, in warmth increasing ever,
And seems to one in drowsiness half lost,
The Grasshopper's among some grassy hills.




La poésie de la terre ne meurt jamais :
Lorsque tous les oiseaux défaillent du soleil brûlant
Et s'enfouissent dans la fraîcheur des arbres, une
voix court
De haie en haie autour de la prairie que l'on vient de
faucher;
C’est celle de la sauterelle - elle prend la tête
Des fastes de l’été, - jamais elle n'est rassasiée
De ses plaisirs ; car lorsqu'elle est épuisée de la fête
Elle se délasse à l’aise sous quelque herbe riante.
La poésie de la terre jamais ne cesse :
Par un soir d’hiver esseulé, quand le gel
A bâti son oeuvre de silence, crécelle du poêle
jaillie
Voici la chanson du grillon qui, plus chaleureuse sans cesse,
Semble à celui que la somnolence égare à demi
La chanson de la sauterelle parmi l’herbe des collines.


(Traduction Robert Davreu)

5 mars 2010

Le peuple des prés



"Le peuple des prés m'enchante. Sa beauté frêle et dépourvue de venin, je ne me lasse pas de me la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l'herbe, l'orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l'ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par la grande étendue verte, et immédiatement au-dessus les météores hirondelles...

Prairie, vous êtes le boîtier du jour. "

René CHAR dans "Fureur et mystère"

7 janv. 2010

Toujours la neige...


Se promener dans les bois quand il neige est un pur moment de magie, particulièrement à la tombée de la nuit. Le silence est immense et le moindre son intense, les toiles d'araignées blanchies nous entraînent dans un monde de féerie. Des chevreuils broutent négligemment quelques brindilles avant de détaler en bonds gracieux... Il existe un très beau poème sur ce thème du poète américain Robert Frost...

Stopping By Woods on a Snowy Evening

Whose woods these are I think I know.
His house is in the village though;
He will not see me stopping here
To watch his woods fill up with snow.

My little horse must think it queer
To stop without a farmhouse near
Between the woods and frozen lake
The darkest evening of the year.

He gives his harness bells a shake
To ask if there is some mistake.
The only other sound's the sweep
Of easy wind and downy flake.

The woods are lovely, dark and deep.
But I have promises to keep,
And miles to go before I sleep,
And miles to go before I sleep.

31 oct. 2009

31 octobre - 20 décembre l'automne tourne à l'hiver

Pour marquer ce passage voici un autre très beau poème en anglais sur les oies sauvages :

SOMETHING TOLD THE WILD GEESE
By Rachel Field

Something told the wild geese
It was time to go,
Though the fields lay golden
Something whispered, "snow."

Leaves were green and stirring,
Berries, luster-glossed,
But beneath warm feathers
Something cautioned, "frost."

All the sagging orchards
Steamed with amber spice,
But each wild breast stiffened
At remembered ice.

Something told the wild geese
It was time to fly,
Summer sun was on their wings,
Winter in their cry.

17 oct. 2009

La symbolique des oies sauvages

On trouve toujours des merveilles chez Rhapsodie, comme par exemple ce texte sur la symbolique des oies sauvages :

"Les oies sont des oiseaux migrateurs dont le départ, l'automne venu, stimule l'imagination et vous incite à vous mettre à la recherche d'univers inconnus et de dimensions nouvelles. Leur cacardement constitue une invitation à les suivre dans la noble quête spirituelle, dans un voyage qui laisse espérer la réalisation des promesses et des rêves que seules les grandes quêtes peuvent éveiller.
La quête sacrée consiste en un voyage à la recherche de votre essence spirituelle et de la voie qui vous permettra le mieux d'exprimer cette essence à l'intérieur de votre vie. Toutes les quêtes mènent à une transformation, vous donnent la possibilité de vous dégager de vos entraves et d'être investi de votre propre pouvoir. Vous pouvez vous attendre à ce que votre imagination s'enflamme pour des idées, des dimensions, des aventures nouvelles, qu'elles soient de nature physique ou spirituelle.
Toutes les oies ont une excellente vue. Vous commencerez à percevoir la nature des possibilités qui sont devant vous. Pour saisir ces occasions, il est nécessaire de cesser de vous accrocher au passé, de le laisser derrière vous. Dans l'avenir, il vous sera donné de retrouver tout ce qui a été perdu, tout ce que vous avez laissé derrière, car quiconque entreprend une quête atteindra ce qu'il cherchait.
Si l'on recherche sincèrement la maturité et la croissance, il faut saisir les occasions de développer l'esprit d'aventure et de la créativité.
Personnage de contes de fées et de légendes anciennes (ce qui montre bien son importance), en effet, elles contiennent l'essence de la symbolique des enseignements ésotériques traditionnels. Associées aux puissances du Nord, à l'acte de purification et de renouvellement."


Rhapsodie a trouvé ces explications ici , vous pourrez découvrir votre animal "totem"



Et pour finir voici un très beau poème de la poétesse américaine Mary Oliver :


Wild Geese
You do not have to be good.
You do not have to walk on your knees
for a hundred miles through the desert repenting.
You only have to let the soft animal of your body
love what it loves.
Tell me about despair, yours, and I will tell you mine.
Meanwhile the world goes on.
Meanwhile the sun and the clear pebbles of the rain
are moving across the landscapes,
over the prairies and the deep trees,
the mountains and the rivers.
Meanwhile the wild geese, high in the clean blue air,
are heading home again.
Whoever you are, no matter how lonely,
the world offers itself to your imagination,
calls to you like the wild geese, harsh and exciting —
over and over announcing your place
in the family of things.

11 oct. 2009

En octobre




En octobre, les jours qui suivent les vendanges,
Lorsque le ciel est clair, et qu'il fait du soleil,
Ont un charme secret et des douceurs étranges.

Le paysage rêve et la terre à sommeil;
Et toute la beauté dont ce moment se pare,
On sent qu'elle est fragile, un peu souffrante, et rare.

L'air est fait d'un cristal fluide qu'on croit voir.
L'horizon délicat tremble dans les buées,
Et dès l'après-midi l'on sent déjà le soir.

Car le soleil a des lueurs atténuées;
Il paraît très lointain et, sous ses pâles feux,
Les arbres ont toujours beaucoup d'ombre autour d'eux.

Touffus encor, les bois dorment à mi-côte.
Ourlent déjà d'un or léger leur masse haute,
Et les fils de la Vierge argentent les labours.

Par les terres l'on voit, en blancheurs indécises,
Cheminer sous le joug des couples de boeufs lourds
Et fumer doucement le toit des maisons grises.

L'air n'est ému d'aucun souffle. Le vent attend...
Et tel est le silence où l'heure se recueille
Qu'à travers la campagne anxieuse on entend,

Parfois, le bruit que fait la chute d'une feuille.

Louis Mercier

6 sept. 2009

Septembre


Septembre ! Septembre !
Cueilleur de fruits, teilleur de chanvre,
Aux clairs matins, aux soirs de sang,
Tu m'apparais
Debout et beau,
Sur l'or des feuilles de la forêt,
Au bord de l'eau.
En ta robe de brume et de soie,
Avec ta chevelure qui rougeoie
D'or, de cuivre, de sang et d'ambre
Septembre !
Avec l'outre de peau obèse,
Qui charge tes épaules et pèse,
Et suinte à ses coutures vermeilles
Où viennent bourdonner les dernières abeilles !
Septembre !
Le vin nouveau fermente et mousse de la tonne
Aux cruches ;
La cave embaume, le grenier ploie ;
La gerbe de l'été cède au cep de l'automne,
La meule luit des olives qu'elle broie.
Toi, Seigneur des pressoirs, des meules et des ruches,
O Septembre ! chanté de toutes les fontaines,
Ecoute la voix du poème.
Le soir est froid,
L'ombre s'allonge de la forêt
Et le soleil descend derrière les grands chênes.

Henri de REGNIER

6 août 2009

Les elfes



Couronnés de thym et de marjolaine,

Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Du sentier des bois aux daims familier,
Sur un noir cheval, sort un chevalier.
Son éperon d'or brille en la nuit brune ;
Et, quand il traverse un rayon de lune,
On voit resplendir, d'un reflet changeant,
Sur sa chevelure un casque d'argent.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Ils l'entourent tous d'un essaim léger
Qui dans l'air muet semble voltiger.
- Hardi chevalier, par la nuit sereine,
Où vas-tu si tard ? dit la jeune Reine.
De mauvais esprits hantent les forêts
Viens danser plutôt sur les gazons frais.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

- Non ! ma fiancée aux yeux clairs et doux
M'attend, et demain nous serons époux.
Laissez-moi passer, Elfes des prairies,
Qui foulez en rond les mousses fleuries ;
Ne m'attardez pas loin de mon amour,
Car voici déjà les lueurs du jour.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

- Reste, chevalier. Je te donnerai
L'opale magique et l'anneau doré,
Et, ce qui vaut mieux que gloire et fortune,
Ma robe filée au clair de la lune.
- Non ! dit-il. - Va donc ! - Et de son doigt blanc
Elle touche au coeur le guerrier tremblant.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Et sous l'éperon le noir cheval part.
Il court, il bondit et va sans retard ;
Mais le chevalier frissonne et se penche ;
Il voit sur la route une forme blanche
Qui marche sans bruit et lui tend les bras :
- Elfe, esprit, démon, ne m'arrête pas !

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Ne m'arrête pas, fantôme odieux !
Je vais épouser ma belle aux doux yeux.
- Ô mon cher époux, la tombe éternelle
Sera notre lit de noce, dit-elle.
Je suis morte ! - Et lui, la voyant ainsi,
D'angoisse et d'amour tombe mort aussi.

Couronnés de thym et de marjolaine,
Les Elfes joyeux dansent sur la plaine.

Charles-Marie Leconte De Lisle

18 juil. 2009

Bénédiction

"Que la route
vienne à votre rencontre,
que le vent
soit toujours derrière vous,
que le soleil
vous réchauffe le visage,
et la pluie
tombe doucement
sur vos champs."

Poème Irlandais

11 juil. 2009

A pied...



A pied, on s'appartient,
on est libre,
on est joyeux,
on part,
on s'arrête,
on repart. Rien ne gêne,
rien ne retient. On va
et on rêve devant soi.
La marche berce la rêverie;
la rêverie voile la fatigue.
La beauté du paysage cache
la longueur du chemin.
On ne voyage pas, on erre.
A chaque pas qu'on fait,
il nous vient une idée.

Victor Hugo

4 juil. 2009

The Highwayman - Alfred Noyes


Que j'aime l'atmosphère de ce poème que j'ai découvert, comme beaucoup je pense, grâce à Loreena McKennitt. J'y pense souvent quand je marche au crépuscule dans des chemins poussiéreux, en attendant de voir la lune se lever au-dessus des collines...

The wind was a torrent of darkness among the gusty trees
The moon was a ghostly galleon tossed upon the cloudy seas
The road was a ribbon of moonlight over the purple moor
And the highwayman came riding,
Riding, riding,
The highwayman came riding, up to the old inn-door.

He'd a French cocked hat on his forehead, a bunch of lace at his chin,
A coat of claret velvet, and breeches of brown doe-skin;
They fitted with never a wrinkle; his boots were up to the thigh!
And he rode with a jewelled twinkle,
His pistol butts a-twinkle,
His rapier hilt a-twinkle, under the jewelled sky.

Over the cobbles he clattered and clashed in the dark innyard,
And he tapped with his whip on the shutters, but all was locked and barred;
He whistled a tune to the window, and who should be waiting there
But the landlord's black-eyed daughter,
Bess, the landlord's daughter,
Plaiting a dark red love-knot into her long black hair.

"One kiss, my bonny sweetheart, I'm after a prize tonight,
But I shall be back with the yellow gold before the morning light;
Yet if they press me sharply, and harry me through the day,
Then look for me by the moonlight,
Watch for me by the moonlight,
I'll come to thee by the moonlight, though hell should bar the way.

He rose upright in the stirrups; he scarce could reach her hand
But she loosened her hair i' the casement! His face burnt like a brand
As the black cascade of perfume came tumbling over his breast;
And he kissed its waves in the moonlight,
(Oh, sweet black waves in the moonlight!)
Then he tugged at his rein in the moonlight, and galloped away to the west.

He did not come at the dawning; he did not come at noon,
And out of the tawny sunset, before the rise o' the moon,
When the road was a gypsy's ribbon, looping the purple moor,
A red-coat troop came marching,
Marching, marching
King George's men came marching, up to the old inn-door.

They said no word to the landlord, they drank his ale instead,
But they gagged his daughter and bound her to the foot of her narrow bed;
Two of them knelt at the casement, with muskets at their side!
there was death at every window
and hell at one dark window;
For Bess could see, through the casement,
The road that he would ride.

They had tied her up to attention, with many a sniggering jest;
They had bound a musket beside her, with the barrel beneath her breast!
"now keep good watch!" And they kissed her.
She heard the dead man say
"Look for me by the moonlight
Watch for me by the moonlight
I'll come to thee by the moonlight, though hell should bar the way!"

She twisted her hands behind her, but all the knots held good!
She writhed her hands till her fingers were wet with sweat or blood!
They stretched and strained in the darkness and the hours crawled by like years!
Till, now, on the stroke of midnight,
Cold, on the stroke of midnight,
The tip of one finger touched it!
The trigger at least was hers!

Tlot-tlot! Had they heard it? The horse-hoofs were ringing clear
Tlot-tlot, in the distance! Were they deaf that they did not hear?
Down the ribbon of moonlight, over the brow of the hill,
The highwayman came riding,
Riding, riding!
The red-coats looked to their priming!
She stood up straight and still!

Tlot in the frosty silence! Tlot, in the echoing night!
Nearer he came and nearer! Her face was like a light!
Her eyes grew wide for a moment! She drew one last deep breath,
Then her finger moved in the moonlight,
Her musket shattered the moonlight,
Shattered her breast in the moonlight and warned him with her death.

He turned; he spurred to the west; he did not know she stood
bowed, with her head o'er the musket, drenched with her own red blood!
Not till the dawn he heard it; his face grew grey to hear
How Bess, the landlord's daughter,
The landlord's black-eyed daughter,
Had watched for her love in the moonlight, and died in the darkness there.

Back, he spurred like a madman, shrieking a curse to the sky
With the white road smoking behind him and his rapier brandished high!
Blood-red were the spurs i' the golden noon; wine-red was his velvet coat,
when they shot him down on the highway,
Down like a dog on the highway,
And he lay in his blood on the highway, with the bunch of lace at his throat.

Still of a winter's night, they say, when the wind is in the trees,
When the moon is a ghostly galleon, tossed upon the cloudy seas,
When the road is a ribbon of moonlight over the purple moor,
A highwayman comes riding,
Riding, riding,
A highwayman comes riding, up to the old inn-door.

J'ai découvert récemment cette autre version :


18 juin 2009

Ode aux prairies


Mon Dieu ! que ces plaines charmantes,
Ces grands prés si beaux et si verts,
Nous présentent d'appas divers
Parmi leurs richesses brillantes !
Ce doux air, ces vives odeurs,
Le pompeux éclat de ces fleurs,
Dont l'herbe se colore,
Semble-t-il pas dire à nos yeux
Que le palais de Flore
Se fait voir vraiment en ces lieux ?

C'est là qu'on entend le murmure
De ces agréables ruisseaux,
Qui joignent leurs flots et les eaux
Au vif émail de la verdure.
C'est là qu'en paisibles replis,
Dans les beaux vases de leurs lits,
Ils arrosent les herbes,
Et que leurs doux gazouillements,
De leurs ondes superbes
Bravent les bruits les plus charmants.

Je les vois, au haut des montagnes,
Venir, d'un cours précipité,
Offrir leur tribut argenté
dans le beau sein de ces campagnes;
Traîner en cercles tortueux
Leurs sources vagabondes;
Et, comme charmés des beautés
De ces plaines fécondes
S'y répandre de tous côtés.

Là ces méandres agréables,
Descendant, et puis remontant,
Font, dans leur voyage inconstant,
Cent labyrinthes délectables.
Souvent leurs flots, en s'entrouvrant,
Font cent îles fleuries;
Tantôt, quittant leur lit natal,
Ils bordent les prairies
D'une ceinture de cristal.

Là l'on voit aussi sur les herbes
Voltiger ces vivantes fleurs,
Les papillons dont les couleurs
Sont si frêles et si superbes:
C'est là qu'en escadrons divers
Ils répandent dedans les airs
Mille beautés nouvelles,
Et que les essaims abusés
Vont chercher sous leurs ailes
Les pleurs que l'Aurore a versés.

Jean Racine Poésies