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24 mars 2014

L'arbre aux corbeaux

L'arbre aux corbeaux - Caspar David Friedrich
Je profite de ce que le gâteau que je viens de préparer est au four pour sortir prendre l'air et admirer le soleil qui se couche. Au bout d'un moment j'aperçois un corbeau sur la branche d'un chêne. Il était là depuis le début, silencieux et invisible, mais l'arrivée au loin de ses compagnons, le fait s'ébrouer.
J'ai l'impression d'avoir déjà vu cette scène quelque part...
Même ciel, mêmes couleurs, des corbeaux, un chêne... C'est bien ça, il n'y a aucun doute possible je me trouve au coeur même du tableau de Caspar David Friedrich "L'arbre aux corbeaux"!
Comment appelle-t-on ça ? Ah oui, un instant de grâce.

22 nov. 2013

Les frères échevelés


Les frères échevelés sont deux hêtres un peu sorciers qui vivent à l'orée d'un bois tout aussi mystérieux et désordonné qu'eux. Marécageux et broussailleux, il abrite des mares secrètes où vivent en paix des grenouilles aux yeux d'or, des tritons d'une espèce oubliée et quelques ondines. Les frères échevelés en sont les gardiens un peu fous, en quelque sorte. Ils adorent chanter de longues mélopées lugubres par les nuits de grands vents et sont les protecteurs des champignons vénéneux qui abondent en ce lieu. Mais, malgré tout, ils sont fort sympathiques et aiment la présence des humains quitte à les taquiner et les effrayer un peu avec leurs silhouettes confuses.

30 mars 2013

Miroirs et sources secrètes

Dehors, les branches du frêne formaient une masse d'or, le bloc brillant et pur du feuillage scintillait au soleil comme un amas de métal précieux, comme un arbre touché par le roi Midas. Son éclat retombait sur le damas vert des rideaux drapés autour des étroites fenêtres, de sorte que toute la pièce était emplie d'une brume verte et de reflets aquatiques mouvants. "Comme une nymphe des eaux dans une étendue d'eau salée", murmura Stella à son image lointaine, tout en traversant la pièce; à l'intérieur du cadre du miroir se mit aussi à grandir, en s'approchant avec assurance et sérénité, embrumé et charmant, son visage ovale.


A cause des miroirs, Stella n'était pas seule dans cette demeure hostile, trop silencieuse. A travers toute la maison, où le moindre bruit était étouffé, tant elle était chargée de tapis, de tentures et de brocarts fanés, chacune des pièces sombres et abandonnées qui se cachaient sous ces antiques coupoles blanches et dentelures de bois contenait au moins un miroir profond et sombre, comme une forêt recèle ses étangs obscurs et insoupçonnés, ses sources secrètes.. Où qu'elle aille, le visage l'attendait, comme une amie inconnue, détentrice de secrets.
Elle s'arrêta à un mètre de cet autre monde, le mystère du miroir, pour différer un peu l'accomplissement, le face-à-face; l'étrange lumière sous-marine de l'après-midi la troublait et l'enchantait, si bien que son coeur se mit à battre lourdement.
"Es-tu vivante ?" chuchota-t-elle à l'adresse de cet être aux yeux sombres qu'elle avait devant elle. La bouche reflétée bougea et ses propres paroles parcoururent la pièce en un murmure.

Envoûtant extrait de la nouvelle "Mélancolie" (the Midas trees)  
Ainsi mentent les hommes - Kressmann Taylor

27 déc. 2012

La lune dans la forêt


Douce atmosphère sur le chemin du retour, 
après notre petite fête chez les elfes des bois.


Quand à moi ce soir j'ai de nouveau rendez-vous avec des elfes,
des nains et des hobbits puisque j'ai trouvé sous le sapin un billet 
direct pour la Terre du Milieu... (Avec chauffeur s'il vous plaît !)


15 déc. 2012

Des châteaux dans la brume


Quand je vois des arbres au loin dans la brume


j'imagine toujours des châteaux,
 avec leurs tours, leurs donjons...


Comme des royaumes sortis d'un conte 


et peuplés de personnages fascinants;
 rôdeurs, rois et troubadours...


Dans un de ces châteaux
 il y a un livre très rare, unique.


Je vous en reparlerai avant qu'un jour, peut-être, ces châteaux ne
 disparaissent, engloutis à jamais dans le monde des rêves...

11 mai 2012

22 avr. 2012

Vitalité


La pluie a cessé mais l'air est frais ce soir, le soleil descend à l'horizon et sous ses rayons courent des nuages gris et blancs semblables à des montagnes. Illuminé, l'arbre rayonne comme une flamme verte, ses jeunes feuilles ne sont que lumière et fraîcheur. Un merle chante à tue-tête. Dans la prairie l'herbe frissonne sous le vent. Brillante, d'un vert éclatant, elle est toute parsemée de gouttes d'eau qui scintillent comme des milliers de minuscules miroirs. Un seul mot pour résumer cet instant : vitalité.


11 mars 2012

Tout en douceur


C'est un livre pour tous les rêveurs, les flâneurs, les contemplatifs amoureux des chats, des libellules, des arbres et des beaux jardins. L'auteur exprime magnifiquement la place que peut prendre un animal dans notre vie et la marquer à jamais. Il regarde tranquillement le temps passer de moments d'éternité chipés au quotidien en grands bouleversements, départs, deuils, déménagements ... Ce livre est comme une bulle qui flotte doucement dans l'air, en apesanteur et hors du temps... 

"Tout en évitant soigneusement  les fils tissés par une araignée, lui aussi semblait avoir pris farouchement ses habitudes dans ce jardin d'un bout à l'autre, ce jardin de plus en plus abandonné. Une idée me vint subitement, je fermai le tuyau d'arrosage. Abandonnant la formation d'un courant d'eau, je levai l'index de ma main gauche. La libellule tournoya en un tour complet à mi-distance.Puis elle s'approcha très vite, tourna juste devant mes yeux, à peine avais-je eu le temps de voir le petit cercle qu'elle traçait, elle vola en direction du doigt tendu et s'y posa.
Mon coeur a bondi de joie, en même temps j'ai retenu mon souffle. Oui, décidément, c'était bien lui. Ce fut un moment fugitif mais qui dura longtemps. Au milieu du jardin qui se préparait à ne plus recevoir la visite de personne, ce jardin qui de façon presque troublante était éloigné des regards proches, il avait posé sur mon doigt ses quatre ailes transparentes et ses deux yeux proéminents.
Il sembla percevoir le léger tremblement de mon corps et s'envola, pour revenir immédiatement et se poser de nouveau. Encore le temps s'écoula paisiblement.
Une grive s'envola du sommet de l'orme de la maison voisine à l'est, fit entendre son cri stridulant et s'enfuit. Surprise la libellule s'éloigna du doigt, tournoya quelques instants haut dans le ciel au-dessus du jardin. J'ai continué à pointer le doigt vers le ciel, et j'ai attendu. Bientôt, après avoir voltigé à deux mètres environ au-dessus de ma tête, elle revint se poser sur mon doigt, comme pour s'y installer."

                                 Le chat qui venait du ciel - Hiraide Takashi


25 mars 2011

Féerie bleue


 Qu'ils sont beaux les sous-bois au temps des pervenches !


 Mirontaine m'a donné envie de me replonger dans l'univers sorcier de Laura Willowes et quoi de mieux qu'une forêt pour ça !

10 févr. 2011

Respirer les étoiles


J'aime sortir tard le soir pour, avant de m'endormir, écouter au loin le chant du ruisseau qui traverse la prairie. Hier soir la lune formait un berceau haut dans le ciel et deux renards se chamaillaient tout près, leurs cris transperçant la nuit. Je respirais longuement et pleinement cette atmosphère et, peu à peu, il m'a semblé que j'inspirais tout le ciel étoilé à l'intérieur de mes poumons (si, si, c'est possible, vous savez nous sommes immenses à l'intérieur), je sentais les étoiles parcourir mes veines puis je les expirais tout doucement, puis les inspirais de nouveau encore et encore... Les renards sont repartis chacun de leur côté, le chant du ruisseau était plus clair que jamais, alors je suis allée me coucher... émerveillée !


20 sept. 2010

L'allée au chevreuil


Par une belle matinée de cette fin d'été, les elfes et moi nous nous promenions tranquillement dans un chemin bordé d'arbres vénérables en chantant...

Aux marches du palais
Aux marches du palais
Y a une tant belle fille lonla,
Y a une tant belle fille.

Elle a tant d'amoureux
Qu'elle ne sait lequel prendre.

C'est un p'tit cordonnier
Qu'a eu sa préférence...

Quand, au bout de l'allée, nous avons aperçu un grand chevreuil. Il nous a regardé et nous avons pensé qu'il allait s'enfuir, mais non. Il nous a observé longuement et s'est remis à grignoter des brins d'herbe. Alors nous nous sommes assis sur des souches d'arbres et nous avons recommencé à chanter....
C'est en la chaussant
Qu'il lui fit sa demande.

La belle si tu voulais
Nous dormirions ensemble.

Dans un grand lit carré
Couvert de toile blanche.

Aux quatre coins du lit
Un bouquet de pervenches....

Le temps s'est étiré, doux et tendre, dans une belle lumière dorée annonçant les couleurs de l'automne. Je crois que cela s'appelle un instant d'éternité.
Dans le mitan du lit
La rivière est profonde.

Tous les chevaux du roi
Pourraient y boire ensemble.

Et nous y dormirions
Jusqu'à la fin du monde .

28 août 2010

Hurlevent


Après ce violent orage on se croirait en automne. Le vent souffle fort et de longues écharpes de brume serpentent entre les collines. D'habitude j'appelle cela mes atmosphères "Seigneur des anneaux”, je m'imagine quelque part dans la Terre du Milieu, mais ce jour-là, c'est aux “Hauts de Hurlevent” que je pense. J'aime ces ambiances un peu gothiques. Je m'attends presque à tomber nez à nez avec Heathcliff, mais il n'est pas impossible que ce soit moi qui fasse peur, entièrement vêtue de noir, seule dans le vent à la nuit tombante, sauf que, contrairement à lui, j'ai l'âme en paix. J'aime passionnément ces moments où les paysages et la littérature se donne rendez-vous dans mon esprit. J'aime marcher, marcher encore et encore en m'enivrant de la force des éléments et en rêvant à des personnages de romans...



"Je m'attardai autour de ces tombes, sous ce ciel si doux ; je regardais les papillons de nuit qui voltigeaient au milieu de la bruyère et des campanules, j'écoutais la brise légère qui agitait l'herbe, et je me demandais comment quelqu'un pouvait imaginer que ceux qui dormaient dans cette terre tranquille eussent un sommeil troublé."


Emily Brontë - Les Hauts de Hurlevent

15 août 2010

Un silence palpable



Ce jour-là il a fait un temps étrange. Toute la journée le ciel est resté bas et noir, parfois traversé d'un éclair. Tout le monde était persuadé que le soleil s'était couché depuis longtemps, les elfes avaient même commencé à allumer leurs lanternes, quand, par une brèche dans les nuages, juste au-dessus des collines, a surgi une lumière orange et irréelle... le soleil se couchait ! Étonnés, nous l'avons regardé se faire grignoter par la terre dans un profond recueillement.
C'est à ce moment là, je crois, que nous avons vraiment pris conscience que l'atmosphère de ce jour était particulière. Tout était immobile. Et le silence ! Un silence palpable ! En tendant les mains j'ai pu le caresser. Les rares sons qui nous parvenaient dans la prairie, rires des enfants, aboiements, cloches au lointain... résonnaient étrangement à nos oreilles. Même la musique de nos pas dans l'herbe tendre nous paraissait incroyablement claire et limpide. Pas de chants de grenouilles ou de grillons, pas de cris de chouettes, pas de renard...
- ”Que font-ils“ ? Avons-nous demandé aux elfes.
- ”Ils écoutent le silence, eux aussi.” nous ont-ils répondu.
Mais, plus étrange encore, une seule chose semblait s'exprimer : le parfum. Le chèvrefeuille dont les haies de la prairie sont remplies, la reine des prés, les tilleuls qui bordent les chemins (nous étions en juillet)... l'air en était empli, le silence était comme un écrin où s'épanouissaient les parfums.

30 juil. 2010

Petit voyage aux pays des feuilles sur fond de musique indienne



Je me suis amusée à faire cette petite vidéo, alors que les elfes, qui sont fous de musique élégante et raffinée, jouaient dans la prairie avec quelques uns de leurs amis indiens, histoire de célébrer "les belles heures d'été" comme ils disent...

9 juil. 2010

Une nuit d'été...


Dans la prairie, nous aimons passionnément les nuits d'été. Les elfes nous ont appris à "écouter vibrer le monde", ainsi, quand nous ne dansons pas autour d'un grand feu, nous passons de longues nuits à respirer l'air du temps, à écouter les murmures de l'univers et les bruissements de la terre entière, les chants du vent et les histoires des étoiles... Or, la nuit dernière alors que, justement, nous étions en train d'écouter vibrer le monde, il s'est mis, tout doucement, à pleuvoir des bulles. Elles éclataient en touchant nos visages ou les fleurs endormies. Cette pluie légère et douce a duré quelques minutes, dans un grand silence, puis, un des elfes a dit qu'il se faisait tôt et qu'il était temps d'aller se coucher. Ce que nous avons fait.

16 mars 2010

La traversée de l'étang


Il arriva au bord de l'eau au moment où la lune était au plus haut de la nuit. Il marcha dans le marécage. Des nichées de canards s'envolaient et retombaient. Il entra dans l'eau et quand le froid toucha son ventre il mugit de plaisir. Alors, du fond du bois, la biche lui répondit. Il nagea vers le large de l'étang où la lune s'était écrasée et rebondissait en jets de lumière. L'eau froide battait ses babines et ses yeux. Ses jambes profondes fouillaient l'eau. De chaque pointe de ses sabots montaient des grappes de bulles, étincelantes comme des étoiles et sans cesse renouvelées. Les grosses carpes dormaient à fleur d'eau. Elles sautèrent en l'air toutes à la fois, faisant plus de bruit et d'écume qu'un autre cerf en train de nager et elles se mirent à fuir devant la bête. Elles ne pensaient pas à plonger mais elles nageaient en surface avec leur dos hors de l'eau. La lumière de la lune allumait leurs écailles que les petites vagues éteignaient sous de l'écume bleue.
Alors, le cerf sentit sous son ventre toute la profondeur de l'étang, une profondeur qui faisait poids et bloc sous lui et qui balançait la profondeur du monde dans la balance. Il vit des poissons longs qui semblaient verts, puis étaient blancs, sautaient rouges et se renfonçaient noirs avec de grandes gueules ouvertes sur des dents éblouissantes comme des scies. Il vit de grandes lianes immergées, féroces et souples comme des serpents et comme toutes faites en bois d'ombre, si puissantes qu'elles étaient remontées jusqu'à deux doigts de la surface, et on les sentait plantées dans le fond mortel de l'étang. Elles avaient de larges feuilles pâles. Il vit des petits poissons d'argent. Il vit des anguilles brunes. Il vit flotter des écrevisses. Il vit s'enfoncer, pattes repliées, une longue araignée d'eau maigre comme un fil de la Vierge mais qui traînait un chapelet de bulles d'air et dans chaque bulle d'air était enfermée une petite araignée toute neuve qui venait à peine de naître. Il vit un cadavre de rat tout mangé et un petit poisson qui tirait pour dérouler un bout de boyau. Il vit l'argent de l'écume qui pétillait dans ses babines. Il vit le grand globe des poissons, des plantes, des rats, des arbres, des biches et des cerfs.
Alors, il mugit.
Les renards s'arrêtèrent sur tous les chemins, écoutèrent, répondirent et se mirent à courir. Les blaireaux grognèrent. Les loutres commencèrent à miauler en s'aiguisant les griffes contre les troncs des saules, les hulottes s'appelèrent. Les écureuils crièrent dans les branches, les rats coururent comme des fous dans les marais en bousculant les roseaux, les canards s'envolèrent encore et retombèrent, les belettes, les mulots, les sauterelles, les lézards, les scarabées et les grands papillons de nuit crièrent; les couleuvres silencieuses dardèrent leurs têtes allumées au-dessus de leurs oeufs. Et la biche appela longuement, longuement, avec une grande voix chaude pleine d'amour.
Quand il prit terre de l'autre côté, le monde s'apaisait et peu à peu s'établit le silence. Il écouta. Il frissonnait. L'eau s'égouttait de ses poils, claquait sur les pierres du bord. Il traversa et retraversa l'étang plus de vingt fois, et, à la longue, tous les poissons allèrent s'enterrer au plus profond des trous et il fut tout seul dans l'eau avec le reflet de la lune. Et chaque fois il mugissait. Et chaque fois le vaste monde lui répondait. Enfin, vaincu de fatigue et si brûlant de joie qu'il fumait comme un brasier, il se coucha dans l'herbe. Le jour se levait. Il vit arriver la biche. Il ne pouvait plus bouger. Il ne voulait plus bouger. Il gémit vers elle. Elle vint lui lécher doucement le museau, soigneusement, de tous les côtés, comme s'il avait été un tronc d'érable ruisselant de sève douce. La clarté du jour monta et s'établit. La biche entra dans l'eau et nagea le long du bord. Quand elle fut bien mouillée, elle revint se coucher près du cerf, elle poussa sa tête près de la grosse tête haletante, aux yeux joyeux, elle se plaça, babine contre babine pour pouvoir respirer l'air qu'il respirait, et ils s'endormirent.

Que ma joie demeure
Jean Giono