29 janv. 2012

Le secret de l'invisibilité !


Les fougères se reproduisent ainsi sans graines, fidèles à une méthode de multiplication plus ancienne établie avant même l'époque devonienne , d'où datent les premières fougères fossiles, et bien avant des plantes à fleurs avec graines.
En Europe au Moyen Âge, on savait que les plantes à fleurs se reproduisaient par leurs graines, mais on pensait qu'il en était de même pour toutes les plantes. Personne, bien entendu, n'avait jamais vu de graines de fougère mais en ce temps là, où la magie pouvait tout expliquer, cela signifiait simplement que les graines de fougère étaient invisibles. Et par un habile transfert de propriétés, on en déduisait que les graines de fougère pouvaient conférer un don d'invisibilité. Le soir de la Saint-Jean, on avait coutume d'étaler un linge sur le sol pour recueillir les graines de fougère, car en bien des circonstances, l'invisibilité pouvait présenter de sérieux avantages.
Du temps de Shakespeare encore, Gadshill, préparant le terrain pour le cambriolage comique de Hal dans Henri IV, se vantait : "Nous volons aussi sûrement que dans un château fort ; nous avons la recette de la graine de fougère ; nous marchons, invisibles." Ce à quoi le garçon d'auberge répliquait avec dédain : "Ah, ma foi, je crois que c'est à la nuit, plutôt qu'à la graine de fougère, que vous devez d'être invisibles."

                          Sue Hubbell - Une année à la campagne

23 janv. 2012

Neige de mai






Dans le billet précèdent je racontais ma balade nocturne, mais, parfois, le rêve rejoint la réalité. C'était il y a deux ou trois ans, début mai. Un régal pour les yeux mais une catastrophe pour les plantes et les animaux...





22 janv. 2012

un rêve cosmique


Je suis en montagne, je grimpe dans un chemin enneigé mais j'avance facilement. Je me retourne pour admirer un paysage sublime (vert et ensoleillé !). L'endroit est isolé et je suis seule mais je me sens bien, en confiance. J'arrive au sommet de la montagne, et là, sous la neige s'épanouissent des cosmos...

15 janv. 2012

Pour mes amis jardiniers !



Chers amis jardiniers vous qui êtes nombreux à venir flâner dans la prairie, ce livre est pour vous !!! Si vous possédez (et je n'en doute pas) une bonne dose d'autodérision vous allez passer un merveilleux moment à rire de tous vos travers, petites manies et autres obsessions . D'abord il faut faire connaissance avec le jardinier et son jardin mais voilà qui n'est pas facile :

« Je vais vous dire à quoi vous reconnaîtrez un véritable jardinier. Il faudra que vous veniez me voir, vous dit-il, il faudra que je vous fasse visiter mon jardin. Lorsque vous y allez pour lui faire plaisir, vous voyez au milieu des plantes pointer son postérieur. Je suis à vous à l'instant dit-il par dessous les bras, le temps de planter ceci. - Je vous en prie, ne vous dérangez pas, dites-vous aimablement. Après quelque temps il a sans doute fini de planter; en tout cas, il se lève, vous salit la main et , la figure rayonnante d'hospitalière bienveillance: Alors venez-voir, c'est un petit jardin il est vrai, mais... un instant, dit-il; et il se penche sur une plate-bande pour arracher quelques mauvaises herbes. Venez-donc, je vais vous montrer un dianthus musalae, vous m'en direz des nouvelles. Bon Dieu, voilà un endroit que j'ai oublié de piocher ! dit-il en se mettant à gratter le sol. Au bout d'un quart d'heure il se redresse. Ah, je voulais vous faire voir cette clochette, la campanula wilsonae. C'est la plus belle campanule qui... Attendez, il faut que j'attache ce delphinium. Quand il l'a fait, il réfléchit: Ah oui, vous voulez voir mon erodium. Une minute, le temps de transplanter cet aster, il est trop à l'étroit. Sur quoi vous partez sur la plante des pieds, laissant son postérieur pointé au milieu des plantes. »


Ensuite vous découvrirez que le jardinier est orgueilleux, ne supporte pas d'avoir tort et par conséquent d'une mauvaise foi sans bornes :

"Regardez dit le propriétaire, rempli d'orgueil, à ses invités, voilà une étrange variété de campanule, hein ? Personne n'a encore pu me l'identifier; je suis curieux de savoir l'air qu'elle aura quand elle aura fini de pousser."
- Ça, une campanule ? dit un invité. Mais ça a des feuilles comme le raifort.
- Allons donc, le raifort ! réplique le propriétaire. Le raifort a des feuilles beaucoup plus grandes et pas si brillantes. C'est certainement une campanule, mais peut-être - ajoute-t-il avec modestie - est-ce là une espèce nouvelle.
Grâce à une abondante humidité, ladite campanule pousse avec une vitesse qui suscite l'étonnement.
Regardez dit le propriétaire, vous prétendiez qu'elle avait des feuilles de raifort. Vous avez déjà vu quelquefois un raifort qui eût des feuilles aussi grandes ? Mon cher, c'est quelque campanula gigantea, elle va avoir des feuilles de la grandeur d'une assiette.
Eh bien, en fin de compte, sur cette campanule unique au monde commence à se former une fleur et... ma foi, ce n'est tout de même pas autre chose qu'un raifort; le diable sait comment il est venu se loger dans ce pot.
Dites-moi, demande un invité quelque temps après, où est passée cette campanule géante ? Elle ne fleurit pas encore ?
- Ne m'en parlez pas. Elle a crevé. Vous savez, avec ces variétés rares et délicates... Ça devait être quelque hybride.


Mais une fois que le jardinier aura trouvé du temps à vous accorder vous pourrez découvrir que la fréquentation des plantes et le rythme des saisons en ont fait un  poète et un philosophe.

"L'avenir n'est pas devant nous , car il est déjà sous les espèces de ce germe; il est déjà parmi nous, et ce qui n'est pas à présent parmi nous n'y sera pas non plus dans l'avenir. Nous ne voyons pas les germes parce qu'ils sont sous la terre; nous ne connaissons pas l'avenir parce qu'il est en nous. Parfois, il nous semble que nous sentons la pourriture, encombrés que nous sommes de vestiges desséchés du passé  mais si nous pouvions voir tous les rejets gros et blancs qui se frayent un chemin à travers cette vieille terre de civilisation qui s'appelle "aujourd'hui" toutes les graines qui germent en secret, tous les vieux plants qui se rassemblent et se ramassent pour former un germe vivant, qui un jour éclatera pour créer une fleur vivante, si nous pouvions voir ce fourmillement caché de l'avenir au milieu de nous, il est sûr que nous dirions que notre mélancolie et notre scepticisme sont de grandes sottises et que le meilleur de tout, c'est d'être un homme vivant, je veux dire un homme qui croît."

Karel Čapek - L'année du jardinier

13 janv. 2012

Complètement barjicotés !

Crapaud dans son costume de blanchisseuse - illustration d'Arthur Rackham

Notre chère amie Laure racontait chez Stéphanie qu'elle était à la recherche de personnages "barjicotés" selon ses propres termes. Aussitôt, dans la prairie, nous nous sommes amusés à faire une liste de personnages barjicotés.

- Nous avons tous pensé à Crapaud dans "Le vent dans les saules" de Kenneth Grahame. Riche propriétaire d'un manoir, il donne du fil à retordre à ses amis Taupe, Rat et Blaireau. Voici ce que dit de lui la quatrième de couverture des éditions Phébus : "l'entêté, vaniteux et totalement irresponsable Crapaud par qui tout arrive ou presque." Sans oublier ses obsessions pour les péniches, pour les roulottes, puis les voitures... Obsessions qui le mènent tout droit en prison (bon, il a aussi copieusement insulté la police rurale !) Je ne me suis jamais remise de son évasion de prison j'ai cru mourir de rire !

- Tous les personnages de "Vous plaisantez, monsieur Tanner" de Jean-Paul Dubois

- Dans Harry Potter il y aussi pas mal de personnages que l'on peut aisément qualifier de "barjicotés" je pense entre autre à Alastor Maugrey Fol-oeil, Luna Lovegood et son père. Les elfes me disent qu'il y en a des dizaines d'autres mais le problème c'est que moi je les trouve normaux !

- Les elfes, toujours eux, me suggèrent Don Quichotte.

- L'univers d'Italo Calvino est rempli de barjicotés, le Baron Perché, le Vicomte pourfendu ... je sais, c'est pas bien, mais quand la partie malveillante du vicomte offre des moitiés de champignons vénéneux à son neveu pour qu'il se fasse une fricassée c'est drôlissime et sa "bonne" moitié qui donne des leçons de morale à tout bout de champ vaut son pesant d'or. Je suppose que le "chevalier inexistant" est du même acabit mais je ne l'ai pas encore lu.

- Alice aux pays des merveilles est le royaume des personnages fantasques.

- Un livre lu il y a longtemps mais dont je garde un délicieux souvenir : "Ma famille inoubliable" de Fred Chappell, ce sont les oncles du narrateur qui sont inoubliables, tous plus dingos les uns que les autres !

- Mais mon personnage barjicoté préféré c'est  Grand-père Socrate dans Margherita Dolcevita de Stefano Benni. Il vit dans le grenier et ne sort qu'une fois par semaine " pour aller faire le plein de saloperies. Il dit que nous sommes envahis par les toxines et par la nourriture avariée et donc il se mithridatise, c'est à dire qu'il habitue son organisme aux poisons en les ingérant à petites doses. Il mange des yaourts périmés, des fromages moisis, de l'eau javellisée, tous types de colles et s'asperge d'insecticides." Mais voici surtout pourquoi je l'aime :

"Chaque vendredi soir, il danse le tango avec un fantôme, doña Lupinda de Camarones Guttierez, morte en 1854, puis survient  le mari, don Carmelo Guttierez, et lui et grand-père se battent en duel toute la nuit, empêchant tout le monde de dormir."


Voilà donc notre liste de personnages barjicotés, mais nous serions ravis de connaître la vôtre !

 A part ça, ce soir, c'est le retour de Nicolas Le Floch, il n'y a que deux épisodes par an et je les attends toujours avec impatience tant je trouve cette série brillante, pétillante et drôle.

6 janv. 2012

Les chardons


Je m'en revenais par les champs. C'était en plein été. Les foins étaient rentrés, on allait se mettre à faucher le seigle. Ce moment de l'année offre un délicieux assortiment de fleurs : les trèfles incarnats, blancs, roses, odorants, floconneux ; les pâquerettes effrontées, les marguerites blanches comme du lait, , "un peu, passionnément, pas du tout", avec leur coeur d'or éclatant, leur odeur épicée, bourbeuse ; les sénés jaunes au parfum de miel ; les campanules haut perchées, avec leurs clochettes mauves ou blanches ; les vesces à raz de terre ; les jolies scabieuses jaunes, rouges, roses, mauves, le plantain au duvet tout juste rose, à la bonne odeur tout juste perceptible ; les bleuets qui, jeunes, ou bien au soleil, sont bleu vif, mais en vieillissant, ou bien le soir, se font plus clairs et roussissent ; puis, avec leur parfum d'amande, les tendres fleurs de la cuscute qui se fanent sitôt ouvertes. J'avais cueilli un gros bouquet et je revenais à la maison quand, dans un fossé, j'aperçus un superbe pied de chardon étoilé, couleur framboise, en plein fleur, de cette espèce que chez nous on appelle le "tatar" ; les faucheurs prennent bien soin de l'éviter, et quand, par malchance, il leur arrive d'en couper un, ils l'ôtent de l'herbe et le jettent pour ne pas s'y piquer les mains.




J'eus l'idée de prendre ce chardon pour le placer au milieu de mon bouquet. Je descendis dans le fossé et, ayant chassé un bourdon velu qui s'était installé au milieu de la fleur pour butiner et, doucement, mollement, s'y était endormi, j'entrepris de la cueillir. Mais ce fut très difficile : non seulement la tige piquait de partout, même à travers le mouchoir dont je m'étais enveloppé la main, mais elle était terriblement dure, si bien que je dus me débattre avec elle pendant cinq bonnes minutes en brisant les fibres une à une. Quand j'en fus enfin venu à bout, la tige était toute déchirée et la fleur même ne paraissait plus si fraîche ni si belle. En plus, elle était trop grossière, trop ordinaire, pour aller avec les autres couleurs, plus douces, du bouquet. Je regrettai d'avoir abîmé pour rien une fleur qui avait été belle, à sa place, et je la jetai. "Mais quelle énergie, quelle force de vie ! pensai-je en me rappelant les efforts qu'elle m'avait coûtés. Comme elle s'est défendue, comme elle a vendu chèrement sa vie !" Le chemin qui me conduisait à la maison passait par une jachère fraîchement labourée. Je m'en allais à pas traînants dans la poussière noire.



Ce champ appartenait à un gros propriétaire. Il était immense. A gauche, à droite, aussi bien qu'en avant, vers la côte, on ne voyait rien d'autre que les sillons égaux du labour, qu'on n'avait pas encore hersé. C'était un très beau travail, il ne restait pas une seule plante, pas une seule herbe ; il n'y avait plus que de la terre noire. "Quelle cruauté, quelle force de destruction dans l'homme ! Combien d'êtres vivants, combien de plantes n'a-t-il pas anéantis pour soutenir sa vie !", pensai-je en cherchant involontairement un peu de vie dans le champ noir et mort. Devant moi, à droite du chemin, j'aperçus comme un petit buisson. Quand je m'en fus approché, je reconnus un chardon pareil à celui dont j'avais cueilli pour rien, puis jeté la fleur.




La touffe du tatar se composait de trois jets. L'un avait été brisé. Ce qui en restait se dressait comme un bras coupé. Chacun des deux autres portaient une fleur. Elles avaient été rouges, mais elles étaient noires maintenant. D'une tige cassé, la moitié pendait avec, au bout, la fleur salie. L'autre, bien que souillée par la terre noire, se dressait encore toute droite. On voyait bien que tout le pied de chardon avait été écrasé par une roue, puis s'était relevé si bien qu'il se tenait de travers, mais quand même debout. C'était comme si on lui avait arraché un membre, ouvert les entrailles, coupé un bras, crevé un oeil, mais il était toujours debout et ne se rendait pas à l'homme qui avait anéanti tous ses frères autour de lui. "Quelle énergie ! pensai-je, l'homme a tout vaincu, il a détruit des millions d'herbes, mais celle-ci ne se rend pas."

                                       Léon Tolstoî - Hadji Mourat

31 déc. 2011

Bonne année !

Et bien sûr que l'herbe soit toujours verte sous vos pas !

26 déc. 2011

De la lecture et une grenouille

Ce matin

 Aucun doute possible...

Thoreau et des elfes 

le Père Noël connait parfaitement les habitants de la prairie !

Et une magnifique grenouille !